Une magnifique aventure sportive qui se termine très bien : objectif atteint d'être finisher et cela en moins de 12h :
Natation : 1:07:19
Vélo : 6:18:09
Course à pied : 4:08:12
Classement final : 672e sur 2277 partants, plus de 2500 inscrits.
3h30.
Réveil sans difficulté après bonne nuit malgré l'excitation mêlée d'appréhension, et la crainte d'avoir la Fête de la Musique en bruit de fond jusqu'au réveil fatidique ! Heureusement aucun bruit à
signaler !
La marche jusqu'au départ avec les sacs de ravito avait pour toile de fond les cadavres de bouteille sur la plage, et les derniers fêtards pas du tout raccord avec l'événement que plus de 2200
triathlètes attendaient depuis un an !!!
Préparation tranquille dans le parc à vélo, avec un Jalabert très décontracté qui se prête au jeu des photos, et 4-5 athlètes qui m'empruntent ma pompe à vélo. Avec tout ça j'ai failli être en
retard sur la plage !
6h30.
Départ natation dans une mer d'huile et un ciel sans un nuage, la journée va être chaude ! Quelques mètres parcourus après le coup de canon qui annonce le début des festivités, et un premier puis
un second coup de pied (ou de poing, de coude ?) m'enfoncent les lunettes, ce qui fait entrer un peu d'eau et me donne un mal de tête jusqu'à la fin des 3800m. La nausée me prend avant la moitié de
la première bouée et ne me quittera pas jusqu'à l'arrivée, je me demande comment va se passer le reste de la journée et si je ne vais pas devoir m'arrêter pour vomir mon Gatosport...
Je tiens comme je peux en essayant de me concentrer sur mes mouvements, n'essayant pas d'aller vite mais simplement d'avancer. Dans ces conditions, j'imagine arriver vers 7h45, pas avant ! Agréable
surprise en voyant le panneau du chrono : 1h07, ça aurait pu être pire... Cette bonne surprise me redonne confiance et la transition me permet de me retaper avant le vélo. Denis est aux petits
soins et me passe allègrement de la crème solaire, et range ma combi tout en m'annonçant que "Billy est devant", ce qui signifie que je ne le reverrai pas avant le marathon !!! Déjà Philippe
Mazzella m'a lancé au sortir de la natation que Jalabert est à 30' devant, là aussi ça m'étonnerait que je le rattrape à vélo !
Finalement, arrivé à St Laurent du Var, tout redevient normal avec un peu d'alimentation et de boisson. On y croit !
Première partie de vélo avec de très bonnes sensations, je reste tranquille pour ne pas me griller, je bois beaucoup et mange régulièrement. Je dépasse enfin Isa dans la montée de la Condamine,
tellement surprise de me voir, qu'elle ne peut que lâcher un "putain !" qui résume tout son étonnement de me voir derrière elle, et sa peur de gravir cette côte ! Heureusement ça passe sans souci
pour tous les deux, il faut dire qu'Isa n'a pas pu s'empêcher de faire la police avec un concurrent devant elle !!! Elle me dira le lendemain à la Pasta Party que celui-ci dira, une fois qu’elle
l’aura dépassé : “A l’ONN ils ont toujours la bouche ouverte !”. Concernant Isa ce n’est pas faux, mais pas la peine de faire des généralités !!! Surtout que la demoiselle a été très polie, j’en
atteste.
Arrivé au Col de L'Ecre un peu avant 2h50 de route, exactement ce que je comptais réaliser. Maria et Raoul suivent tout le monde en scooter, ça fait du bien au moral même si des concurrents
connaissent les premières difficultés : William ne se relèvera pas de ses crampes dans l'ascension de Gourdon.
Le reste du vélo se déroule très bien malgré une lassitude après St Pons qui passe plutôt bien. Arrivé dans la plaine du Var, j'ai hâte d'en finir même si ce qui suit sera beaucoup plus difficile,
mais pour le moment aucun pépin physique, même les cervicales ne sont pas douloureuses.
L'arrivée sur la Prom se fait dans une vraie joie d'avoir fini avec les deux premières épreuves, je lance des encouragements à ceux qui sont déjà en train de courir, l'air serein (Billy) ou déjà
très fatigué (Tokyo et Kévin). La famille et les copains doivent être là, je vais aussi revoir tous ceux de l'ONN aux ravitos, que du bonheur !
J'aperçois Maria toute seule qui a pris des couleurs, l'appareil photo au poing, prête à mitrailler ! Tout à ma contemplation je bouche le passage vélo à ceux qui arrivent derrière moi, et l’un
d’eux me pousse pour me faire avancer plus vite, une sorte de drafting à l’envers mais très efficace !
14h05
Sous la tente de transition, je suis accueilli par Flora et Hervé qui me passe allègrement de la crème solaire. L’ambiance entre les triathlètes est détendue, les organismes ont déjà souffert et
cela crée des liens, le dialogue rassure tout le monde.
Après quelques minutes de pose et de massage je me mets en route pour le marathon, étonné d’être si lucide, de n’éprouver aucune difficulté à trottiner et de ne ressentir aucune gêne gastrique ou
autre.
La sortie de la tente est magnifique, la chaleur écrasante. Un monde incroyable est massé derrière les barrières, alors que les amplis crachent leur musique et les commentaires du speaker.
Le premier tour se passe on ne peut mieux, je croise les copains : Billy toujours avec une belle foulée, Tokyo déjà dans le dur, Thomas filant comme un lapin norvégien.
Les arrêts aux ravitos sont l’occasion de se faire encourager par Denis, Fred Bulle-Man, Serge et les autres, hyper motivés et aux petits soins. Denis excelle dans le passage des gobelets (Hédiard
oblige !) et les paroles qui font du bien, les conseils du maître, quoi ! Mais je comprends qu’il va faire extrêmement chaud jusqu’au bout, il n’y a toujours pas un seul nuage et le vent ne s’est
pas décidé à se lever. L’hydratation va être capitale et l’arrosage des pieds à la tête obligatoire. Le passage de la deuxième moitié de la Prom’ est accablant : plus personne pour encourager, les
badauds ne sont plus du tout concernés par la course, seule la plage est le centre d’intérêt à cet endroit ! Je rêve de me jeter dans la mer et de lézarder au bord de l’eau, les jambes massées par
le ressac... Finalement le demi-tour à l’aéroport offre quelques minutes d’ombre, la pelouse est le refuge de nombreux triathlètes que le parcours et le soleil ont assommés ; certains, assis, se
reposent, d’autres ont l’air de carrément dormir, les derniers vomissent ou sont évacués par le service médical. J’espère ne pas finir dans cet état-là, avec encore 35 km à parcourir !
Le 2e tour est déjà un peu plus dur mais du monde est arrivé pour me soutenir : en première supportrice ma petite Maria bien sûr, et autour de ma mère et de ma cousine Carole se massent Kitou et sa
mère Emma, ma tante et mon oncle, Noël le marathonien enflammé (qui, me dira plus tard ma mère, aura peur de ne pas me voir arriver, et pressera les autres par ces mots : “we shouldn’t miss him!”).
Les cris montent à chaque passage, c’est incroyable le bonheur que cela procure. On se sent épaulé, et presque porteur d’une mission, finir n’est plus un objectif personnel mais commun à tous ses
supporters.
Tant de monde oblige à relever un peu plus la tête et fait un peu oublier les douleurs qui apparaissent aux jambes et aux cuisses, les genoux ayant eux aussi leur part de souffrance ! Je saurai
plus tard que Mag, sa sœur Virginie (et ancienne employée de mon sponsor (!!!)) et Oliv étaient là, mais je ne les ai malheureusement pas vus. Il faut crier fort sur un Ironman !!!
Après le passage du Negresco, alors que la foule commence à se clairsemer, j’aperçois la triathlète roquebrunoise Alexandra aux multiples victoires et son copain, l’appareil photo toujours dans les
mains ! Enormément de soutien de leur part à chaque passage, là aussi merci à eux ! Je retiendrai ces mots d’Alex : “Eh ! T’as une bonne foulée quand même !” qui m’encouragent à continuer sur le
même rythme. Effectivement je continuerai de doubler beaucoup d’athlètes jusqu’à la Finishline, toutes ces heures d’entraînement n’auront pas été en vain.
Les aller-retour sont l’occasion de croiser Isa qui paraît en forme, pas entamée par les deux précédentes épreuves. Je repense à son Ironman 2006 et aux photos que j’avais pu voir de son sourire
pendant le marathon. J’essaye aussi de sourire, d’une part pour oublier un peu la fatigue, et d’autre part parce que je sais que le plus dur est fait, même si la fin sera très éprouvante. En tout
cas bravo Isa, tu as une volonté de fer, et toujours le geste ou le mot d’encouragement qui résume l’amitié et le respect que les triathlètes ont les uns envers les autres.
Arrivé au bout des 20 km je ressens une intense émotion en imaginant la fin de ce périple, sûr de pleurer de joie et d’émotion. Je suis certain que la prochaine boucle sera la plus dure, mais que
la dernière ne sera qu’un tour d’honneur pour remercier tous les volontaires qui ont été vraiment extraordinaires tout au long de cette journée. J’imagine regarder avec soulagement une dernière
fois le parcours en me disant à chaque pas : ”cette fois ça y est, c’est fini, regarde bien tout ça, tu l’as fait, c’est derrière toi !”.
Effectivement la 3e est très difficile mais je sais que je tiendrai jusqu’au 30e km. Je croise Stéphane Ravera en difficulté, lui qui visait la qualification pour Hawaii est comme un géant aux
pieds d’argile suivant la terminologie consacrée mais qui lui sied tout à fait. Haribo a connu des meilleurs jours lui aussi, cette édition 2008 a vraiment l’air d’être l’une des plus dures. Je
passe Kevin, ce qui est étonnant, et rejoint François dont la préparation tronquée le pousse dans ses derniers retranchements ; il essaye de courir avec moi mais est obligé de décélérer et
d’alterner avec la marche, je crains à ce moment-là qu’il ne finisse pas, tant le nombre d’abandons et de malaises est ahurissant. Arrivé à la fin de ce tour et pour le début du 4e Christian court
à mes côtés sur plusieurs mètres en m’encourageant, une image incroyable à laquelle je ne m’attendais pas, l’Ironman est vraiment magique, et surtout tellement communicatif. Ce sont ces moments qui
font que l’on décide de continuer à courir, d’essayer même d’accélérer pour, quitte à finir, avoir un beau chrono, comme pour remercier ceux qui sont là pour vous.
Je n’en n’ai pas encore parlé mais j’aurai doublé et me serai fait reprendre sans arrêt par Steph pendant le vélo, et ces blagues à deux balles nous auront bien aidés à tenir. Je le passe pour la
dernière ligne droite en l’encourageant à s’accrocher et finir avec moi, mais je sens qu’il est encore plus épuisé que moi. On franchit la ligne des 40km et il me dit que les 2 derniers lui
semblent impossibles à faire. Moi-même ai la même impression, tout semble si loin et si proche, comme dans un rêve où l’on n‘arrive pas à courir, malgré le danger qui talonne... Je n’aurai pas
profité de ces derniers 10km comme je l’avais espéré, la fatigue est trop intense, l’arrêt aux ravitos est encore plus évidente. Arrivé au Negresco, Denis court avec moi, Maria aussi sur le
trottoir. A quelques mètres de l’arrivée Kp10 me félicite et me dit comme Denis de profiter enfin de ces derniers moments, que j’ai réussi à finir en moins de 12h. Je ressens alors une énorme
satisfaction mais pas une réelle émotion comme je l’avais imaginé.
Denis me quitte à l’entrée du couloir de l’arrivée, le speaker annonce mon nom, les mains se tendent de chaque côté pour que les tape, et c’est seulement en arrivant sous le tableau du chrono que
je lève les bras et que le pur bonheur m’envahit.
Merci encore à toutes et tous qui étaient là de près ou de loin, pour avoir vécu avec moi cette extraordinaire expérience. C’est aussi grâce à vous que cette course s’est déroulée de cette belle
manière.
Les photos sont évidemment dans l'album !!!